29. octobre 2020

Vers une médecine différente pour les femmes?

Vers une médecine différente pour les femmes?

Hommes et femmes réagissent différemment aux médicaments, n’ont pas toujours des symptômes identiques et ne sont pas traités de la même manière. Les avancées réalisées grâce à la médecine de genre bénéficient aux deux sexes.

Les femmes causent le matin plus d’accidents de la route que les hommes. Ce n’est pas un cliché mais une réalité – lorsqu’elles ont pris la veille du zolpidem pour dormir. Tout  simplement parce qu’elles métabolisent plus lentement ce somnifère. Aussi les patientes – tout du moins au début – ne devraient-elles prendre que la moitié de la dose qui convient aux hommes. L’intensité et la durée de d’effet d’un médicament sont influencées par divers facteurs qui dépendent notamment du sexe. Les hommes ont en moyenne un poids corporel supérieur à celui des femmes et des organes plus grands, leurs reins ont de plus grandes capacités et ils ont environ 15 pour cent de graisse corporelle en moins. La concentration du propranolol dans le sang, un bêtabloquant qui sert également à prévenir les migraines, peut être par exemple près de deux fois plus élevée chez la femme. Autre exemple: les médicaments prescrits en cas d’insuffisance cardiaque pourraient bien souvent leur suffire à demi-dose.

Demander quelle est la bonne dose

Les recommandations posologiques ne sont pas habituellement ajustées selon le sexe. Résultat: les effets indésirables sont presque deux fois plus fréquents chez les femmes. C’est le cas par exemple des médicaments destinés à abaisser le taux de cholestérol (les statines) ou des inhibiteurs de l’ACE couramment prescrits contre l’hypertension. «Demandez toujours si la dose du médicament est la bonne pour vous», recommande à toutes les femmes le professeur de médecine Catherine Gebhard de l’Université de Zurich. Son champ de recherche: la médecine de genre. Même les effets souhaités peuvent être différents chez les femmes et les hommes: l’acide acétylsalicylique protège ainsi les hommes plus sûrement que les femmes d’un premier infarctus du myocarde. Grâce à l’aspirine en revanche, les femmes ont moins d’accidents vasculaires cérébraux.

Un risque plus élevé de cancer du poumon

Depuis son émergence relativement récente, la médecine de genre accumule ce type d’observations. «Mais ses apports sont pour l’instant peu intégrés dans les traitements», constate C. Gebhard. Un nouveau cursus en cours d’emploi proposé aux Universités de Berne et de Zurich vise à sensibiliser aussi les médecins installés. «Il suscite un grand intérêt», dit C. Gebhard, la responsable. Il s’agira aussi de prévention. «Le risque de cancer du poumon est beaucoup plus élevé chez les fumeuses, même pour une consommation très inférieure de cigarettes», souligne C. Gebhard.

L’ostéoporose chez les hommes

Les maladies se manifestent différemment selon le sexe – et peuvent de ce fait passer inaperçues. La dépression par exemple est plus rarement détectée chez l’homme, chez qui elle se traduit plutôt par une agressivité ou une consommation excessive d’alcool. Ce qui ne correspond pas aux symptômes «typiques» généralement attendus comme la perte d’élan vital, les troubles du sommeil et l’abattement. «L’ostéoporose est cependant la maladie la plus méconnue chez l’homme en Europe. Elle est réputée être une maladie féminine alors qu’un tiers des fractures qui y sont associées concernent les hommes», fait remarquer C. Gebhard.

Inégalités face aux AVC

Chez les femmes en revanche, c’est plutôt l’infarctus du myocarde qui échappe aux médecins. Si l’on retrouve en général chez l’homme les symptômes classiques de douleur et d’oppression dans la poitrine ainsi que des douleurs dans le bras gauche, l’infarctus se manifeste plus volontiers chez la femme par de fortes nausées ou des douleurs abdominales. Après un accident vasculaire cérébral, les femmes conservent généralement des séquelles plus importantes et ont une moins bonne qualité de vie que les hommes – alors même qu’elles ont souvent de plus petites lésions cérébrales documentées.

La famille prend le pas sur la réadaptation

«Il faut avoir que la prise en charge médicale des femmes victimes d’un infarctus ou d’un accident vasculaire cérébral est souvent tardive et non optimale. Elles vont ainsi moins souvent en rééducation», affirme C. Gebhard. Parce qu’elles veulent notamment réinvestir leur mission familiale. La dimension n’est donc pas seulement biologique mais aussi psychosociale. «L’influence de tels facteurs est très supérieure à ce que nous pouvons imaginer», en est convaincue C. Gebhard.

Faits et chiffres

  • La fonction rénale est environ 20 pour cent plus élevée chez l’homme. Or, les reins jouent un rôle important dans l’élimination des
    médicaments.

  • Les doses standard des anticancéreux administrés à des femmes peuvent être trop élevées dans un cas sur cinq.

  • La proportion de graisse corporelle est d’environ 35 pour cent chez la femme et 20 pour cent chez l’homme.

  • Seuls 5 pour cent des travaux de recherche fondamentale sont réalisés sur des cellules femelles.

  • Le coeur de l’homme pèse en moyenne 300 grammes et bat env. 70 fois par minute. Le coeur de la femme pèse env. 50 grammes de moins et bat env. 77 fois par minute.

  • Sur dix médicaments retirés du marché américain entre 1997 et 2000 à cause des effets indésirables, le risque était plus élevé chez la femme pour huit d’entre eux.

  • Le risque d’accident vasculaire cérébral secondaire à une fibrillation auriculaire est de 25 pour cent chez la femme et 10 pour cent chez l’homme.

Auteur
Dr. med. Martina Frei

Medbase on Facebook
en haut

Nous utilisons des cookies et des technologies similaires pour améliorer l'expérience de l'utilisateur sur notre site web. Pour de plus amples informations, veuillez consulter notre déclaration de protection des données. En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies et de technologies similaires.